Un anniversaire comme on n'ose même pas en rêver
Comme vous le savez certainement, je suis à Berlin. Comme vous le savez probablement, dimanche, c’était mon anniversaire. Comme vous le savez peut-être, ici, il fait froid, il y a de la neige partout et en plus, tout le monde parle allemand. La réunion de ces trois éléments vous a fait surgir une larme, si si je la vois, et un apitoiement sur mon pauvre sort. Eh bien, si d’aucuns aiment que l’on s’apitoie sur leur sort, quand bien même j’en eusse fait partie, c’est ici totalement superflu.
En effet, comme l’a écrit le poète : « Si tu ne viens pas à Lagardère, Lagardère ira t’à toi ! » et Lagardère est venu t’à moi : j’ai reçu ma première visite ! Blandine et Laura, deux amies de Ginette sont venues inaugurer l’auberge de Jonasstraße 67 (un seul ‘n’ n’est-ce pas) et apparemment, le confort est suffisant pour permettre la venue d’autres visiteurs. Alors n’attendez plus !
(Les informations pratiques : vols EasyJet au départ de Paris Orly arrivée vendredi à 22h45 et départ dimanche à 20h30…)
Un week-end bien rempli : grasse matinée le samedi matin, puis après un bon petit-déjeuner tardif, une promenade en centre-ville, de l’Alexander Platz à la Potsdamer Platz en passant par l’île des musées, la Porte de Brandebourg et le mémorial de la Shoah. Le tout sous la neige qui n’avait pas encore décidé de s’arrêter. Nous avons fêté le début de ma 22ème année dans un bar branché plein d’étrangers (surtout des Français) : le « Madame Claude », ça s’invente pas. En sous-sol, sombre et l’air saturé de fumée de cigarette (la loi n’est pas très claire ici), il est rigolo parce qu’il donne l’impression de marcher au plafond : un tas de meubles et d’objets insolites sont collés au plafond avec plein de détails assez réalistes, c’est vraiment bien fait.
Le lendemain, nous avons visité le château de Charlottenbourg dans le quartier du même nom. Il mériterait un article dans la rubrique « tourisme », mais je vais le faire ici. Le guide annonçait la « sobriété baroque » de ce palais… On prend son petit air docte et on se dit : « Oulala, l’auteur ignore la signification de ‘sobriété’ ou de ‘baroque’, mais ça va pas ensemble… », eh bien après la visite, on range son petit air docte et on félicite l’auteur. C’est exactement ça : sobre, tout en étant baroque. Le château a beaucoup souffert pendant les bombardements de Berlin, mais il a pu être sauvé et rénové (contrairement à son copain le château impérial de Berlin, qui avait été relativement épargné pendant la guerre, mais a eu le malheur de se trouver à l’est. Il a été rasé par nos amis les cocos parce qu’il représentait la tyrannie monarchiste. Ils ont eu la bonne idée de construire à la place leur Parlement dans le plus pur style stalinien flamboyant. Laissé à l’abandon après la réunification, il a été à son tour démoli vers 2006). Les reconstructions à l’identique montrent vraiment l’ambiance qui avait été souhaitée par la reine Sophie-Charlotte (je vous remets dans l’ambiance de l’audio-guide) vers 1700. Les pièces sont plutôt petites, ce qui nous change de Versailles. La plupart des meubles sont mêmes plutôt jolis, parce que le bois a été laissé tel quel, ni peint, ni vernis, ni doré, ni recouvert de bronze. Il faut quand même relever deux éléments : une console dont les pieds sont des angelots en bois peint imitation-porcelaine, d’un blanc verdâtre brillant du plus mauvais goût, et une salle des porcelaines chinoises qui provoquait l’extase du monsieur de l’audio-guide, mais plutôt une nausée chez nous. Les anges peints sur le plafond avaient parfois des jambes en plâtre qui sortaient, et un cerf mort en plâtre jaillit également du plafond dans un coin. Ça devait être un prodige à l’époque, disons que ça a mal vieilli. Le coup de cœur : une salle décagonale au premier étage sur les jardins, avec cinq pans de fenêtres et cinq pans de miroirs, le tout très sobre, comme quoi c’est possible. La bibliothèque lambrissée et peu éclairée est aussi un petit chef-d’œuvre avec ses meubles en érable. Le château est vraiment un bon endroit pour découvrir l’histoire de la Prusse puis de l’Allemagne.
Château de Charlottenburg - Wikipédia
Commencé en 1695, sous le nom de Lietzenburg, nom du site à cette époque, le palais a été construit dans le style baroque par l'architecte Nering. Il fut commandé par la reine Sophie-Charlott...
on se refait pas...
On a fini la journée en faisant des gâteaux pour mon labo, tradition d’anniversaire oblige, un pommes-cannelle et un orange-amandes (finalement ça faisait trop donc j’ai été forcé de me sacrifier et de garder l’orange-amandes pour moi). Quel succès ! J’ai été obligé d’avouer que ce n’était pas une spécialité française, mais que je n’avais pas le moule adéquat pour faire une « tarte Tatin » (qui ne se déguste ici pour moi rien qu’à l’entendre prononcée avec leur accent, c’est trop mignon !) comme ils l’avaient suggéré. Ils m’ont même offert un guide de Berlin contenant à la fin des bons de réduction des différents lieux évoqués : deuxième verre gratuit dans un bar, dessert gratuit dans un resto, deuxième place gratuite dans un cinéma, etc.
Alors après une telle entrée dans ma nouvelle année, je peux vous poser cette question : qui c’est-y qui a les meilleurs amis et le meilleur labo ?