Zoologischer Garten
Qui a dit que les zoos étaient un truc de gamins ? Qui l’a pensé ? Moi ? Oh non, jamais… Ah bon ? Peut-être alors… Eh bien j’étais dans l’erreur la plus profonde !
Pour renouer avec cet émerveillement naïf et délicieux de l’enfance, pour redécouvrir après une dizaine d’années le concept-même de zoo, il y a certainement des endroits mieux que d’autres. Je pense en toute honnêteté que le zoo de Berlin est un des plus fascinants au monde.
Même en hiver, au milieu des allées recouvertes de neige, on peut y découvrir - ou y redécouvrir – des animaux incroyables. D’abord, les classiques de la démesure : les éléphants d’Asie, avec le petit éléphanteau qui n’arrête pas de courir, pour être de sûr d’arracher au visiteur ce petit sourire satisfait, accompagné de son soupir d’extase béate. Oui, on est prévisible ; oui, on s’émeut d’un petit éléphant plus que d’un petit crocodile ou d’une petite hyène ; oui, on sait que si on rentrait dans l’enclos, sa maman nous écraserait en quinze secondes ; mais oui, on a l’impression de contempler un moment unique, hors du temps, cucul la praline au plus haut point, et on en est pleinement conscient et satisfait !
Dans un autre registre on a aussi la girafe, devant laquelle on ne peut s’empêcher cette réflexion absurde : « C’est quand même vraiment grand ! », ou le rhinocéros, pour lequel j’ai eu du mal à admettre qu’un tel animal existait vraiment, et a fortiori quelque part en liberté.
Je ne vais pas vous détailler toutes les bêtes qu’on a pu rencontrer pendant ces 6 heures, mais simplement vous faire partager mes « grands moments ». Je suis obligé de commencer par les deux « très grands moments », peut-être inoubliables. Le premier, la meute de loups blancs du Canada hurlant ensemble, certainement pour le repas. C’était prodigieux. Au début, je croyais que c’étaient des visiteurs qui « faisaient le loup » pour les faire s’approcher, puis, quand les autres loups s’y sont mis, je me suis approché et je me suis bien aperçu que c’étaient eux. Et ça a duré au moins un quart d’heure. C’était un moment totalement surréaliste et complètement hors du temps là encore. Cette plainte triste avait un côté bouleversant, qui est difficilement explicable parce que ce n’est pas du tout le même registre que la voix humaine, et tout cela joint à la beauté des animaux… J’en ai filmé un passage, hélas trop lourd pour être publié dans ce blog, mais qui maintiendra ce souvenir vivace !
L’autre instant inoubliable s’est produit dans la maison des singes. Je ne me rappelle pas si j’avais déjà eu l’occasion de voir des grands singes dans un zoo, mais ça m’a paru une totale découverte. Il faut dire que le choc a été d’autant plus violent que nous sommes tombés directement sur les chimpanzés. Pas besoin de vous faire un dessin, la vitre de séparation avec d’un côté nous sur notre banc, avec nos appareils photo et nos grands yeux étonnés, et de l’autre des singes blasés en train de manger leurs carottes et de ramasser de la paille pour l’installer dans leurs litières, on ne savait plus de quel côté était l’être intelligent. Vous vous dites que je suis tombé dans la phrase cliché, dite et redite des centaines de fois jusqu’à paraître ridicule, mais c’est ainsi : c’est l’impression de malaise profond qui est née de cette situation. Si la formulation est usée, je n’en ai pas d’autre, et l’impression, elle, est bien vivante. Et donc jusque là, rien d’inoubliable. Mais je tombe soudain sur un individu (je crois que c’était une femelle, mais pas sûr), assis dans un coin jute devant la vitre, qui était en train de manger des carottes. Je l’observe un peu et je m’aperçois qu’il les épluchait avec ses dents avant de les croquer, d’abord une moitié puis il la retournait pour attaquer l’autre. Et là, ça m’a fasciné pendant plusieurs minutes ; je le regardais faire, complètement étonné. Rétrospectivement, c’est une preuve d’intelligence assez sommaire et il n’y a utilisation d’aucun outil, mais j’ai été hypnotisé par son savoir-faire, et c’est assez agréable de sentir en soi cette capacité d’émerveillement devant des choses simples comme un chimpanzé qui épluche des carottes. J’ai filmé la manipulation, pour me ré-émerveiller de temps en temps...
A côté de ces deux souvenirs, le reste paraît un peu fade, mais j’ai quand même pu voir des orang-outans dont les vieux mâles ont un pelage très long qui ressemble à une vieille perruque, des gorilles, des bonobos, des lions, des tigres, des léopards, des jaguars dont des jaguars noirs. Là je suis obligé de dire que les cages des fauves étaient vraiment petites et que leurs cent-pas font mal au cœur. Ça m’a rappelé un poème de Rilke qu’on avait appris l’an dernier en allemand (oui, on apprend encore des poèmes…) : Der Panther.
Vous n'êtes pas obligés de lire l'entretien avec Claude Vigée, même s'il a eu la gentillesse de traduire le poème.
Et ce n’est pas tout ! Il y avait aussi des ours polaires qui m’ont surpris par leur maigreur et leur pelage jaune, voire maronnasse alors que je m’attendais à un blanc éclatant, et on a pu voir la statue rendant hommage à Knut, le petit ours blanc, seul ours polaire né en captivité ayant atteint l’âge adulte (mais mort à cinq ans) :
Pour les articles homonymes, voir Knut. ce qui n'était pas arrivé depuis 30 ans pour un Knut (prononcé /knuːt/ Écouter ) ( 5 décembre 2006 - 19 mars 2011 ,) est un ours blanc né au zoo de Be...
Pour maintenir le souvenir.
Mais aussi des otaries, des loutres, des suricates, un casoar qui avait des TOC, un coq qui en poursuivait un autre pour lui faire la peau, pleins de genres de phacochères, des renards polaires, et surtout : un fennec ! Je n’en avais jamais vu, c’est vraiment trop mignon. Moins cependant que le chat des sables.
Le niveau de cucuïté de cet article n’ayant pas atteint son paroxysme, j’ai encore une révélation à vous faire. Il est vrai que j’ai nourri les petites chèvres de la partie du zoo réservée aux enfants, il est vrai aussi que dans cette même partie, j’ai pu caresser des ânes nains et des moutons tout doux, et il est vrai enfin que j’ai eu un peu honte de classer ça dans les “grands moments” (même si en toute bonne foi, ça en faisait largement partie).
Voilà un samedi bien rempli d’émotions, n’est-ce pas ?
L'individu aux carottes, un mandrill au nez bigarré et un autre singe avec une tête vraiment bizarre...
Divers : une loutre, des marcassins à grandes oreilles, une poule à fourrure et un renard polaire en pleine activité.
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