La guerre des accents
Quand on évolue dans un groupe ne contenant pas trois personnes de la même ville et rassemblant à peu près toutes les provenances possibles (par ordre alphabétique pour ne vexer personne : Arcachon pour l'Aquitaine, Brest pour la Bretagne, Brioude pour l'Auvergne, Gap pour PACA, Lille pour le Nord, Montbéliard pour la Franche-Comté, Orléans pour le Centre, Puteaux pour l'Ile-de-France, Saint-Etienne et Valence pour Rhône-Alpes et Toulouse pour les Midi-Pyrénées...), il est certains sujets récurrents, dont celui des accents.
Il va sans dire que l'accent fleuri des habitants du sud de la Loire est souvent moqué par ceux habitant au nord, et en particulier l'éternelle ouverture du son "o" : rose, jaune, pause, etc. J'en profite pour éteindre une rumeur familiale selon laquelle j'aurais moi-même adopté cette prononciation dans ma prime jeunesse au contact des autochtones de mon cher Bassin : c'est absolument faux, ou c'est dans tous les cas terminé — sur ce point particulier, j'appartiens au clan des nordistes.
Mais je ne renie aucunement mon appartenance au Sud-Ouest, que je n'ai pas peur de défendre à chaque résurgence de la tragique "Croisade contre la chocolatine". Je ne rentrerai pas dans un débat stérile. Tout le monde sait bien au fond que "chocolatine" est le seul terme correct et précis pour désigner ce que d'aucuns appellent "pain au chocolat", voire dans les contrées nordiques "petit pain"... C'est d'ailleurs sur ce sujet que se déchire l'unité du Grand Sud car le Sud-Est est affilié sur ce point au Nord. Mais j'ai dit que je ne rentrerai pas dans ce débat.
Le blog s'intitulant "Berlin et moi", vous vous doutez que cet article ne va pas s'arrêter sur ces querelles absurdes, nées de la frustration des habitants du nord de la Loire, eu égard à leur caractère maussade, lui-même le fruit du mauvais temps dans lequel ils évoluent et de l'absence de poésie contenue dans l'expression "pain au chocolat" (contrairement à "chocolatine" bien entendu). Il va donc aborder un sujet en rapport direct avec l'Allemagne.
Mes camarades allemands ponctuent le déjeuner de bon nombre de blagues, que je n'ai pas la chance de comprendre, mais auxquelles je souris pour faire bonne impression, tout en croisant les doigts pour que personne ne s'enquière de ma bonne compréhension, ce qui pourrait entrainer, en plus du malaise solitaire lié à mon exclusion de facto, une humiliation sans nom. Mais aujourd'hui, point de blague à l'horizon. En effet, l'un des deux ressortissants de l'ancienne RDA, et plus précisément de Berlin-est, a eu la bonne idée de prononcer le mot "Tisch", qui signifie "table". Jusque là, rien de bien palpitant, je le conçois. Mais il le prononçait avec son accent berlinois, ce qui donne à peu près "teuch" au lieu de "tich". Et là-dessus, mon thésard, provenant de Rhénanie-du-Nord-Westphalie, c'est à dire plein Ouest, a fait semblant de ne pas comprendre ce dont il s'agissait et s'est amusé à répéter plusieurs fois "teuch" avec un air interrogateur et a ainsi lancé un débat sur les accents allemands pendant une demi-heure. Et j'ai tout compris !
J'en ai donc conclu que dans un pays quasiment deux fois plus petit que la France, la guerre des accents pouvait aussi être un sport national !