De l'immersion en terre germanophone
Quelle sensation étrange tout de même d'évoluer en permanence dans une langue étrangère ! (Vous sentez le scoop arriver et pas du tout des choses et des impressions déjà dites mille fois, eh bien... vous avez tort)
Un truc très bizarre dont m'avait parlé Papa avant de partir, c'est qu'on n'a pas conscience que les gens nous adressent la parole s'ils ne sont pas juste en face de nous. C'est certainement aussi lié au fait qu'on ne reconnait pas son prénom, tout sagouiné par ces barbares. Plusieurs fois je me suis dit que mon thésard pourrait quand même dire mon prénom quand il me présente à des gens, et c'est en repassant la phrase dans ma tête que je me suis dit : "Ah tiens, ça devait être ce morceau-là..."
Il faut dire à sa décharge que le système allemand est valorisant pour notre langue : à l'école il faut choisir entre français et latin. C'est vrai qu'ils auraient pu proposer à la place sanskrit ou wolof, on a eu de la chance finalement. Il a quand même osé me dire qu'il avait choisi le latin parce que ça lui servirait plus...
Un autre point amusant est ma propre réaction à la moindre trace de français. Pour aller à la cantine, on traverse un long bâtiment de l'université très fréquenté, et au moindre mot en français, on est réellement extirpé de ses pensées ou de la conversation de l'équipe qu'on essaie de suivre avec peine, et on se concentre dessus immédiatement. Un peu comme quand quelqu'un laisse dans son sillage, dans la rue, un parfum familier, c'est comme un réflexe, très surprenant. Mais ça peut aussi donner des sortes d'hallucinations, et certains bouts de phrases en allemand paraissent un mot français... on lève la tête... mais en fait non. Ca doit être une sorte de manque. Bizarre.
Autre choc culturel, qui aurait pu intégrer l'article Observations, et digne des horribles magasins Alouette, les Allemands ont un problème avec les prénoms français féminin (décidément, quel blog machiste) et j'ai fait la surprenante rencontre de deux jeunes femmes du laboratoire qui avaient reçu les doux prénoms de Jeannine (no offense Mamine) et Yvonne. On imagine les parents à la naissance, tout fiers d'annoncer ça à leurs amis, et on essaie de retranscrire la scène en France... Re-bizarre. D'ailleurs ça influence beaucoup trop les mentalités puisque ledit thésard (je fais un lien habile avec ce qui précède) a quand même écrit mon prénom dans un dossier sur l'ordinateur : "Julienne". Je me suis dit que ça pouvait expliquer beaucoup. Non pas qu'il m'eût pris pour une femme (enfin... j'espère), mais au moins sur la prononciation.
Mais bonne nouvelle, tout le monde n'est pas latiniste, et j'ai appris par hasard que ma maître de stage ("maîtresse" fait vraiment bizarre) parlait couramment français. Elle s'est bien gardée de me montrer ça et prenait un malin plaisir à me voir peiner comme un forçat dans le sympathique ouvrage d'hier. Un de ses collègues m'a gratifié d'un "Bonjour Monsieur !" et le responsable du matériel de chimie a illuminé ma journée d'un "Vive la France !" et ce, le jour d'un match de football France/Allemagne.
Sacrés Allemands, ils me réservent encore bien des surprises !