Le labo
Comme vous vous en doutez, mon séjour à Berlin ne se passe pas qu'en tourisme et en découvertes diverses, donc je voulais vous faire découvrir un peu ce qui se passe au labo. Tout d'abord, il faut savoir qu'un labo de chimie, ce n'est pas réputé pour le rangement, notamment en raison du manque de place et du nombre de réactions menées de front. Donc ceux qui sont déjà rentrés dans ma chambre comprendront pourquoi je m'y sens aussi à l'aise !
Cet article sera un peu de la vulgarisation de mon travail puisque plusieurs personnes, loin du "milieu", ont semblé s'y intéresser. Si c'est rébarbatif, ne vous sentez pas obligés d'aller au bout !
Pour détailler un peu plus précisément ce que je vais faire pendant quatre mois, je peux vous dire que l'équipe travaille entre autre sur les dérivés de la prodigiosine, une molécule naturelle, tellement connue qu'elle n'a pas d'article Wikipédia en français... Mais je vous le mets quand même en anglais si vous avez du temps :
Pour le moment, je fais de la chimie dite "organique", ce qui veut dire qu'on essaie de fabriquer le squelette de la molécule (ce qui est dessiné dans l'article) en changeant quelques trucs ou en rajoutant des bras de différentes tailles. Pour l'instant ça ne marche pas... Mais si ça marchait tout le temps du premier coup, on n'aurait pas besoin de chercheurs ! Donc dès demain, on recommence toute la réaction (environ une semaine) en changeant un produit - dont le thésard m'avait dit dès le début qu'il était pas sûr qu'il fonctionne, mais qu'il était beaucoup moins dangereux que celui de demain, qui prend feu à la moindre trace d'oxygène ou d'eau... Vous verrez bien si je suis encore là pour mettre des infos dans ce blog ! Mais bon, on a essayé et ça n'a pas marché, on garde espoir parce que les manips sont quand même très rigolotes !
Notamment deux parties où il faut refroidir fortement le mélange pour qu'il soit moins réactif : une première fois à -15°C (petit joueur) et une deuxième à -100°C ! Pour ça on mélange de l'éther (le même que celui avec lequel on anesthésiait au début du siècle dernier) et de la "carboglace", c'est à dire du gaz carbonique (CO2, oulala, c'est caca-boudin pour la planète) mais sous forme solide à -78°C (qui peut être utilisé pour faire de la fumée dans des boîtes de nuit entre autres) et suivant la quantité de "glace" dans l'éther, on peut descendre assez bas en température. Pour les températures vraiment très basses, on utilise de l'azote liquide (oui, comme pour brûler les verrues), qui est en réalité du diazote (le gaz présent à 80% dans l'air) à l'état liquide à -196°C. D'ailleurs, on est allé en chercher ce matin avec une fille du labo qui m'a dit : "Jamais dans l'ascenseur avec, parce que s'il reste bloqué et que l'azote se vaporise, y a plus assez d'oxygène, tu t'étouffes et tu meurs !" et les allemands sont clairs, puisque l'azote se dit "Stickstoff", ce qui veut dire "matière asphyxiante" (petite digression docte, mais on se refait pas, chez nous c'est pareil mais en grec. Après avoir remarqué qu'une souris meurt asphyxiée si elle n'est entourée que de ce gaz, Lavoisier l'a baptisé azote du a- privatif et de zot, vivant, en grec). Bref ! C'était une grande première pour moi de manipuler ces trucs aussi froids et je me suis bien amusé (on s'amuse comme on peut).
Le reste est moins glamour et je vais vous épargner, mais vous n'échapperez pas aux photos, une fois de plus.
Dès que ça avance un peu, je reprendrai mon "C'est pas sorcier !" à moi.
PS : pour ceux qui se disent "Ouais, en gros, la chimie c'est de la cuisine..." vous avez tout à fait raison, et c'est justement ça qui me plaît !
L'évaporateur rotatif, le meilleur ami du chimiste (en haut) et la colonne de chromatographie, le pire ennemi du chimiste (en bas)


